Au temps des sorcières, à la Planchette …

D’après la légende, le hameau de la Planchette était la demeure des sorciers et sorcières d’antan pour leurs ébats nocturnes : ces sabbats de la Planchette font l’objet d’une histoire ….


Au temps des sorcières vivait dans la vallée du Mandresey un brave et simple vieux garçon. Seul dans sa chaumière, cultivant son lopin de terre pour vivre, il travaillait comme ouvrier dans les fermes voisines.


Un soir d’hiver, rentrant de Saint-Dié, l’homme perdit son chemin et se retrouva à la lisière du bois sans savoir où aller à cause de la neige mélangeant prés et sentiers à ses yeux.

S’engeant ardemment dans le sous-bois, il aperçut alors un cercle lumineux avec un jeune damoiseau vêtu comme un prince et semblable à Belzébuth en personne !


Le pauvre vieux garçon restait là, ahuri : c’est alors que la diable l’interpella et lui proposa certaine poudre pouvant lui offrir la puissance, la richesse et le bonheur.

Que donnerait-il en retour ? Signer un papier qu’on lui présente ! Méfiant, le paysan réfléchit en se grattant la tête : il avait reconnu le diable, et les deux lignes d’écriture rouge ne lui disent rien qui vaille. Inutile de lire, il devine bien ce que cela dit ; il refusera mais poliment.


Gardant la conscience tranquille, il revient vite de sa stupeur et veut se montrer plus habile que le diable : il dit alors que la puissance ne l’était pas utile car il n’a point d’ennemi, la richesse ne l’intéresse pas car rien ne lui faisait envie et le bonheur était déjà en sa possession car il était heureux de son sort.

Satan s’écria que le paysan était trop bête pour devenir sorcier. L’homme riposta que ce brevet de nécromancie était la preuve que son interlocuteur était le diable en personne !


Un épouvantable ricanement résonna dans toute la forêt, secouant les arbres, puis le diable reprit alors que son pouvoir auquel le paysan voulait se dérober, lui prouvera sous peu que si jusqu’ici il n’avait pas eu d’ennemis, désormais il en trouveras sur son chemin !

Et Satan lui montrait par la prairie qui s’étendait devers la futaie une ronde d’hommes et de femmes sarabandant par danse vraiment fantastique et infernale.


C’était le sabbat, le royaume du diable : tous ces individus était ses sujets, tous sorciers ! En un clin d’œil l’homme fut au centre de la ronde infernale. Le manant resta coi, étrange et ébaubi. La ronde sabbatique tournoyait par-devers lui et il y reconnaissait mainte figure.

Enfin il entendit Satan qui le dénonçait à ces mécréants en indiquant à ces derniers qu’ils étaient dévoilés en cette soirée, que l’homme irait les dénoncer à l’officialité et qu’ils devraient courir pour le dénoncer en amont comme scélérat entaché du larcin !


Puis tout disparut et s’évanouit, notre homme se retrouva dans le silence de la nuit dans le bois. Frigorifié et perdu, il regagna sa chaumière, mais toute la nuit il trembla, croyant sans cesse voir et entendre la musique et la danse infernales.

Le lendemain matin, les archers du bailli venaient l’arrêter ; il était accusé d’avoir volé dix mètres de toile et une bourse garnie chez le tabellion de Saint-Dié qu’il avait quitté la veille, à la nuit.


Et par le fait, cachés sous son lit on trouva les dix mètres de toile et sous son traversin la bourse en question. Qui les avait transportés là ? Le pauvre homme savait bien que c’était la vengeance de Satan !

Il se laissa traîner devant le tribunal et conta son aventure. Peut-être aurait-il trouvé créance, n’étaient les pièces à conviction qui l’accablaient de leur témoignage. Heureusement il avait ouï le Malin et savait que tout ceci était dol et sortilège !


Il fit un grand signe de croix sur la bourse et sur la toile ; et alors on vit les mètres de toile tomber, se déchirer et devenir un tas de feuilles sèches de la forêt et la bourse ne contenir que des cailloux encore couverts de neige !

Les vrais sorciers, ses accusateurs, furent à leur tour arrêtés, jugés et brûlés par le bailli du Val. C’est de ce moment que cessèrent les sabbats de la Planchette et c’est depuis cette époque aussi, paraît-il, que l’on dit d’un homme ignorant ou simple d’esprit :

Il n’est pas sorcier !


Adapté de Sabbats de la Planchette (Vosges)

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