Au Pré Bacon, au-dessous du Lac Blanc, habitait autrefois une vieille femme qui passait pour sorcière et qu’on appelait la Mouche Noire et dont le nom pouvait le faire croire.

Mais c’était ainsi ; on en avait peur. Aussi, elle vivait toute seule dans une pauvre masure au milieu des rochers et des bruyères où personne n’allait la voir si ce n’était quelque amoureuse qui souffrait du mal d’amour.

Je ne sais pas si elle savait guérir de ce mal, mais on lui donnait bien d’autres pouvoirs. Si une vache avortait, si moins que cela, la fermière ne tirait du pis que des grumeaux, si le cochon crevait, si une chèvre mettait bas de travers, et même si une jeune fille méchante faisait un faux pas, on ne cherchait pas plus loin, c’était la Mouche Noire qui avait jeté un sort !

On l’accusait aussi de donner l’érésipèle aux gens qui la regardaient, et l’appendicite à ceux qui lui en voulaient. Si vous rencontriez une chatte noire de nuit ou le matin, il fallait vous méfier et vous dépêcher de vous recommander à votre saint : c’était la Mouche Noire qui revenait du sabbat !

Aussi, la Mouche Noire, c’est comme je vous le dis, on la craignait comme le feu. Ceux qui la voyaient venir au loin se détournaient tant qu’ils pouvaient, et si, par hasard, ils se trouvaient nez à nez avec elle, ils se dépêchaient de se signer pour se garder du mauvais œil.

Or donc, une fois que Tantaine, le métayer du Pré Bacon, remontait d’Orbey où il avait pris sa cuite du dimanche, comme, en zigzaguant, il traversait le pont sur le Blanc Rupt, n’alla-t-il pas apercevoir la Mouche Noire qui venait vers lui. Aussitôt, il fit dans l’air un grand signe de croix en disant : Croix devant ! Croix derrière ! Je le conjure !

Il n’avait pas plutôt dit cela que, poum ! Le voilà qui tombe à la renverse dans le ruisseau. Il fut dessoûlé du coup, mais manqua de se noyer. Vous me direz qu’il était soûl, mais tout de même, s’il n’avait pas rencontré la Mouche Noire, il ne serait pas tombé dans le ruisseau. C’est bien la preuve que cette garce était sorcière !
Merci à André Touchet pour nous avoir donner la traduction !
Le Lavelinois
Source : Eugène Mathis, Annonces des Hautes-Vosges (29/12/1963)






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